Dans les coulisses d'une chèvrerie, la naissance d'un fromage fermier
Il est six heures et demie quand les premières chèvres entrent dans la salle de traite. Dans cette ferme perchée des Préalpes, une éleveuse transforme chaque jour deux cents litres de lait en fromages fermiers. Nous l'avons suivie, du pré à la cave.
Le lait cru, matière vivante
Ici, pas de pasteurisation : le lait encore tiède de la traite part directement en fromagerie. C'est toute la définition du fromage fermier, produit sur place, avec le seul lait du troupeau. Les soixante chèvres alpines pâturent prairies et sous-bois, et cela se goûte : le lait change avec les saisons, plus floral au printemps, plus riche à l'automne.
L'emprésurage se fait en douceur, à peine quelques gouttes, et le caillé se forme en vingt-quatre heures. Le moulage à la louche, geste lent et précis, préserve le grain de la pâte.
L'affinage, école de patience
Les fromages passent ensuite en cave, retournés un à un chaque matin. En dix jours, le crottin se couvre d'une fine fleur ivoire ; en trois semaines, il devient sec et corsé, presque piquant. Certains sont cendrés, d'autres enveloppés d'une feuille de châtaignier qui leur donne des notes boisées.
Chaque étape façonne le goût final : un même lait donne dix fromages différents selon la durée d'affinage et l'humidité de la cave.
Où trouver ces fromages
La production part sur les marchés locaux et dans quelques fromageries de la vallée. Pour reconnaître un vrai fermier, cherchez la mention sur l'étiquette et fiez-vous à la croûte irrégulière, signe de vie. Derrière chaque fromage de ce type, il y a un troupeau, un terroir et des mains qui travaillent : c'est exactement ce qui se goûte dans l'assiette.